En bonus, une vidéo sur une grave injustice faite à un gilet jaune.  Y revenir après lu cet article car elle dure 1 heure (source Le Media)

Un rayon de soleil sur Chilly-Mazarin

A contre-pied d’une propagande déployée pour crétiniser et démobiliser les masses, le film de Gilles Perret et François Ruffin arrive à point nommé dans la lutte engagée par les gilets jaunes.  François Ruffin est venu le 07 mai en parler à Chilly-Mazarin.  

Déjà, une ambiance de cinéma populaire

J’veux du soleil…  Dès 18 heures, les premiers arrivés entrent dans l’Agora.  Autour d’un petit pot, les personnes qui se connaissent s’interpellent et celles qui ne connaissent personne peuvent engager la conversation ou prennent place.  Cela donne un petit côté détente.  Les conditions sont réunies pour avoir une assemblée plus discutante.

 

Ciné-débat avec François Ruffin à Chilly-Mazarin le 07 mai 2019

La salle est comble alors que le film a déjà été diffusé dans la ville et que nombre d’habitants n’ont pu être prévenus. Nous nous retrouvons donc tous au coude à coude car il n’est pas question de laisser une seule place vacante.  En effet, toutes les chaises sont prises et quelques personnes choisissent de rester debout: au total 160 personnes.   Et voilà, c’est parti! 

Philippe Juraver, l’initiateur de cette belle initiative, prend le micro pour présenter le film.  De lui, François Ruffin dira un peu plus tard: « Philippe, je le connais bien, c’est un camarade de lutte depuis des années et des années. » 

Il y a du collectif dans l'air, et de l'émotion

Cette ambiance de cinéma populaire n’est pas cassée par le film, au contraire.  

L’on y voit Macron se ridiculiser avec ses propos hors sol, propos reformulés à l’envi par des lèche-bottes surmédiatisés triés sur le volet.  Rien de plus pour raviver la colère quand la manipulation est montrée de façon si évidente.  De cet auto-déclaré « Jupiter », les gilets jaunes en parlent très bien, et toujours en mal.  

J’ai surtout été touché par ce qui nous vient en direct des ronds-points, de très beaux témoignages de gilets jaunes, une fraternité, une solidarité.  Ou plutôt, le témoignage étant devenu un combat à leurs yeux, on entend le récit de personnes qui expriment leur souffrance parce qu’elles savent qu’une multitude d’autres anonymes vivent la même chose dans le pays. Est donc raconté le quotidien d’une multitude oubliée fait d’exploitation et de misère.  Mais toujours ces gilets jaunes tiennent à parler dignité, de leur dignité.  Et ils nous rappellent quelque part combien la politique politicienne est présente et constitue un danger, d’où leur crainte d’être récupérés ou instrumentalisés. 

Gilles Perret et François Ruffin les filment au plus près.  Ils les montrent beaux,  captant ici et là une lumière dans leurs yeux, mettant en valeur leurs visages marqués par l’injuste âpreté de la vie qui leur est faite.  Nul doute que le contraste entre ces visages et la figure en cire figée et hallucinée de Macron est saisissante .  Nul doute aussi que le contraste entre les voix sincères et tellement dignes des gilets jaunes , et la voix de fausset de Macron débitant son mépris est également ébouriffante.

 

Une immense vague de sympathie pour ces gilets jaunes envahit la salle.  Se dégage de l’émotion qui passe de l’écran au public.  En fin de séance, un instant d’entente spontanée s’opère entre ce public et ces gilets jaunes.  Voir cette vidéo de 1mn 43.                                                                                  José Lefebvre

J’veux du soleil

Vidéo: Le débat

Quelques échos du débat

Pour les personnes qui préfèrent un peu de lecture à 1 heure de vidéo

Philippe Juraver fait une rapide intervention pour interrompre les applaudissements et passe le micro à son ami de lutte.  François Ruffin remercie notamment toutes les petites mains invisibles qui ont préparé car il sait, dit-il, ce que ça représente comme travail en amont.  Voici maintenant ce qui me paraît le plus intéressant à noter dans ce débat.   En rouge, la question résumée.  En texte, la réponse fidèle (morceaux choisis) de François Ruffin. 

La beauté des images

« Le film met en lumière un rapport à la beauté qui est de l’ordre du carnaval, c’est-à-dire, ce qui est laid devient beau.  Il y a quelque chose de cet ordre là dans le mouvement des gilets jaunes.  Marcel, il n’a pas une gueule de catalogue des 3 Suisses et il est représenté tel qu’il est parce qu’il est beau.  C’est le cas de tous les visages représentées dans le film.  Ce sont des visages marqués par la vie …/…  Devant la caméra de Gilles, ils sont rendus beaux.  Les ronds points sont les endroits les plus dégueulasses de France.  Mais parce que c’est habité, parce qu’il y a des cabanes, …, il deviennent beaux.  La beauté du film, c’est un rapport de renversement. »  F. Ruffin

La manière de faire de la politique dans le film

« Moi,… je l’abandonne mon écharpe de député le temps du tournage.  Et je dirai que ce n’est pas un film sur les gilets jaunes, c’est-à-dire que nous ne recherchons pas des représentants.  Au contraire, on les fuit.   Parce que leur parole est  au nom du « on », au nom du « nous ».   C’est très utile politiquement.  Mais esthétiquement, émotionnellement, ça n’a rien à faire dans un film.  …/… »

A quand le deuxième film ? parce que le mouvement des gilets jaunes a évolué

 « Ce n’est pas un film sur le mouvement des gilets jaunes, mais un film sur la France, c’est-à-dire sur la France telle que je la vois depuis 20 ans.  Ca fait 20 ans que je fais un journal qui s’appelle Fakir, ça fait 20 ans que grossomodo les gens qui sont comme dans le film, le les vois, le les entends, je les écoute.  Sauf qu’il témoignent en chuchotant, quand ils témoignent.  On ne peut pas mettre leur photo dans le journal, on peut encore moins les filmer.  Pourquoi?  Parce qu’il y a la honte.  Et avant le 17 novembre, je me sors de ça, moi, parce que c’est le moment où les plus invisibles deviennent hyper visibles avec leurs gilet jaunes fluorescents.  Alors je vais sur les ronds-points et je rencontre des gens que je croisais depuis 20 ans et qui ne voulaient pas s’exprimer.  Et puis à ce moment là,  ce sont des muets qui deviennent bavards. …/…  Voilà, c’est cet univers là qui était souterrain et qui se met à apparaître au grand jour.   C’est le moment des inversions.  C’est le moment où la honte privée devient colère publique. …/… 

Le contraste réussi entre le monde de Macron et celui des gilets jaunes

« C’est mon travail de reporter.  Il y a un choix dans mon existence qui est  de faire mon maximum pour aller franchir les barrières sociales.  Je crois à l’existence des classes.  Ces classes que l’on ne connaît pas, on y a pas accès. …/… Moi, c’est vrai que la France des ultra-riches, c’est comme si de temps en temps on avait le droit d’aller jeter un oeil dans le trou de la serrure, et à partir du détail que l’on aperçoit, on construit un puzzle.  Parce qu’en effet, on y a pas accès. » …/…

« On aurait pu faire le choix de rester sur les ronds-points avec les gens pauvres.  Mais avec les archives, on vient proposer un contre-poids avec les dividendes, sur Macron, sur les 1ers de cordée, sur les choses comme ça.  Pourquoi?  Parce que s’il n’apparaissait que les pauvres, ça apparaîtrait comme une fatalité dans le pays.  Il y a des pauvres, il n’y a que des pauvres, bon voilà, c’est normal qu’ils soient pauvres.  Vous voyez ce que je veux dire.  Vous offrez un contre-poids, même comme une espèce de piqûre de rappel, en montrant un monde où il y a par exemple 47 milliards de dividendes versés aux actionnaires en France.  Automatiquement, ce n’est plus une fatalité, c’est une injustice.  Et la clé est donnée à la fin, dans le générique, où une phrase de Victor Hugo apparaît: « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » ».

Lorsque vous vous mettez à la place de Macron...

« La première chose, c’est un truc de mise en scène.  …/…  Je me suis bien marré, moi. »

3 réflexions sur “Jveux du soleil”

  1. J’attends avec impatience, l’enregistrement complet du débat avec Ruffin. Merci pour cette soirée.

    1. Bonjour Jean-Marie,
      Excellente suggestion. Le son de notre vidéo n’est pas bon, inaudible en certains endroits, celui du magnéto pas mieux. J’ai donc préféré faire une sélection écrite avec les paroles exactes de François Ruffin (gros boulot pour retranscrire qui m’a retardé). Et passer 4 minutes finales de vidéo qui sont à peu près audibles sans être excellentes.
      Par contre, je pense que nous aurons bientôt une vidéo complète de ce débat par la chaîne youtube amie « NostraBlablatus » qui était présente (copain de Brunoy). Nous l’ajouterons en lien via leur chaîne dès qu’ils auront monté cette vidéo. Le filmeur est un pro qui a un meilleur matériel et qui a dû savoir régler le son dans une pièce où l’accoustique n’était pas terrible. José

  2. Autant, de formation scientifique, j’apprécie le rationnel, les faits, autant j’ai apprécié l’irrationnel des choix de Ruffin qui souligne les sentiments et la douleur de la partie des gens cités, maltraités.
    J’étais contente de participer à cette soirée.

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